La surrection de la chaîne alpine, à l'ère tertiaire, a entraîné le retrait de la mer au sein de laquelle s'étaient déposés des sédiments calcaires pendant des millions d'années.

Dans l'Avant-Pays Savoyard comme dans le Jura, cette surrection a formé des plis dirigés vers le haut – des anticlinaux – alternant avec des plis dirigés vers le bas – des synclinaux – plus ou moins orientés Nord-Sud.
Au cours du plissement, les deux anticlinaux (chaîne de l'Epine et chaîne du Mont Tournier) se sont cassés dans le sens de la longueur, formant des falaises orientées vers l'Ouest.

Au cours de l'ère quaternaire, c'est-à-dire au cours des dernières centaines de milliers d'années (les évènements précédents concernant, au total, plus de 150 millions d'années), le climat s'est refroidi, expliquant la formation d'un énorme glacier (plus de 1000 mètres d'épaisseur) qui s'écoule lentement vers le Sud, érodant les reliefs. Une langue de glace passant la ligne de crête de la chaîne de l'Epine s'écoule vers le synclinal d'Aiguebelette, creusant et élargissant le fond. Au Nord et au Sud, lors du retrait glaciaire, des moraines sont déposées, fermant la cuvette où l'eau va s'accumuler, donnant le lac.

Ce site sera occupé par l'humanité dès le paléolithique (15.000 ans avant J.C.), puis au néolithique (5.000 ans avant J.C.) avec développement d'habitats sur toute la périphérie peu profonde du lac (pas la côte est). Cette abondance d'habitats justifie que ce patrimoine préhistorique ait été inscrit au patrimoine de l'UNESCO en 2011.

L'époque Celte va continuer à modeler ce territoire et y mettre ses repères dont beaucoup ont duré (ex. le Gua, nom du ruisseau du nord du lac).

Pendant l'époque Romaine, le bassin versant est devenu un important lieu de transit entre la Gaule et les territoires transalpins (col St Michel, voie dite « Romaine »). Bien plus tard, à partir du XVIIème siècle, l'aménagement du passage et du tunnel des Echelles, plus au Sud, ouvrira une voie bien plus aisée supportant l'essentiel de ce trafic.

Le XIXème siècle est marqué par le rattachement des Savoie à la France en 1860 et par l'entrée dans une ère industrielle qui change profondément le mode de vie de ce pays (chemin de fer, industries...).
Le percement du tunnel ferroviaire d'Aiguebelette désenclave rapidement le pays, stimulant le commerce (tuiles, pommes, bétail...), ouvrant la voie au tourisme avec la création de nombreuses pensions de famille, une station balnéaire (La Bauche-Les-Bains) et l'achat de grandes propriétés pour des Lyonnais fortunés, surtout.

Au fil des siècles antérieurs, le lac a été reconnu propriété de la famille Perrin de Lépin puis, bien plus tard, partagé entre les héritiers de cette famille et ceux de la famille de Montbel, puissante famille noble possédant les territoires au nord du lac.

Jusqu'au XIXème, l'intérêt majeur du lac est de fournir poisson et gibier d'eau. Par ailleurs, il génère un mode de déplacement et de transport – la navigation – qui suscitera le développement de la fabrication artisanale de barques connaissant, au début du XXème, un destin surprenant.

A partir du XIXème siècle, le développement de l'industrie métallurgique à la Bridoire nécessite de l'énergie dont la source sera l'hydro-électricté, avec la création de l'usine hydro-électrique de La Bridoire, alimentée par l'eau du lac, grâce à un barrage (remontant le niveau du lac de un mètre) et à une galerie forcée franchissant la montagne.

Après la première guerre mondiale, le droit de pêche et le droit de chasse seront concédés à des associations locales. L'usage touristique du lac se développe et explose même après la deuxième guerre mondiale, avec un important changement de style : ce sont les campings, expression d'un tourisme populaire, qui feront oublier les grandes pensions de famille.

La conscience de la valeur du patrimoine aquatique et touristique représenté par le lac incite alors le département de la Savoie à louer le lac à ses propriétaires et à créer un « Syndicat Mixte d'Aménagement du Lac d'Aiguebelette (SMALA) auquel succédera, à la fin du XXème siècle, la Communauté de Communes du Lac d'Aiguebelette (CCLA) qui le gère actuellement.

Au cours du XXème siècle, un autre fait d'importance notoire est la création du Syndicat des Eaux du Thiers, qui prendra en charge et développera la fourniture d'eau potable à la plupart des communes riveraines puis aussi à d'autres communes, jusqu'à Pont de Beauvoisin, avec un volume annuel pompé dans le lac qui se rapproche doucement du million de m3. Dans ce pays calcaire, aux sources incertaines en été, cette fonction de fourniture d'eau potable joue un rôle capital pour l'Avant-Pays Savoyard et impose une politique de protection du plan d'eau très stricte.
La prise de conscience environnementale.

Le XXème siècle a connu plusieurs phases et crises dans la relation de la population au lac.

On peut dire qu'au sortir de la guerre 1914-18, le lac apparaissait comme un bien privé dont la jouissance échappait en grande partie au public (droit de pêche, de chasse...) et auquel on accédait grâce à des accords de gré à gré avec les propriétaires (hangars à bateaux, droit de rouissage...). Par ailleurs, de grandes propriétés riveraines s'étaient constituées (ex. Vadon, Teppaz, Cartier-Millon...). Beaucoup avaient négocié des aménagements des berges lors de la remontée du lac, en 1907. Le lac qui, jusqu'alors avait connu une vie discrète, devenait un objet de désir touristique et de convoitise, accessible à l'échelle régionale grâce au train. L'entre-deux-guerres allait populariser le site, en partie grâce aux congés payés. Depuis Chambéry, le lac devint accessible non seulement par le train mais aussi en empruntant à pied ou en vélo, le chemin longeant la voie ferrée dans le tunnel. La fréquentation estivale, surtout dominicale surprend et inquiète les riverains tout en leur permettant de créer des campings et des guinguettes.